lundi 10 septembre 2012

Une croisée des chemins ... une co-naissance








Un ami m'a proposé d'exposer dans l'église St Vivien à Rouen,  juste pour le 16 septembre 2012.

Je me suis demandé comment faire apparaitre des images dans un espace aussi riche en éléments iconographiques.
C'est en découvrant le chemin de croix, peint à même le mur dans des formes circulaires, que m'est venu l'idée d'aborder la figure humaine ou plus exactement l'empreinte de l'image d'une figure humaine.
En effet la matité de la couleur des stations encore visibles donnait une densité à l'image, similaire à l'estampe.






 Réaliser des VERA-ICONA de l'image fixe à l'image (é)mouvante

Au cours du chemin de croix dans sa forme traditionnelle, se trouve la station 6  dite de "Ste véronique" qui donne "Vera Icona" dans l'imaginaire populaire.
Cette femme propose son voile au Christ  pour qu'il s’essuie le visage; il lui rend ainsi l'empreinte de ce visage.
Véronique est désormais la patronne des gens de l'image, de l'image imprimée, de l'image révélée. La première empreinte dans l'occident chrétien serait t'elle celle d'un visage?








Image ou icône: étymologiquement,  il s'agit de la représentation d'un visage


L'image: imago: portrait de l'ancêtre en  latin

Icona en grec: figure religieuse.

je me souviens,..... quoi de plus fugitif que l'apparition d'un visage..... soit, il est saisi sur le vif,...... soit, il est reconstitué par le souvenir,....... parce que dans le fond, c'est ce que l'on a vu, ce que l'on a senti est devenu du passé et donc un souvenir, la représentation du visage n'est jamais une représentation du présent même si elle a une véritable présence.






De l'image révélée à l'image imprimée.

Quand je pratique  la photographie, le sujet m'échappe, il me propose, je suis à l'écoute, disponible, mais les résultats sont à dompter, à apprivoiser,....
je me sens dans une Achéiropoïésie, étymologiquement des " images non faites de la main de l'homme" puisque selon les byzantins qui en ont inventé le concept c'est Dieu qui dicte, c'est l'origine de l'icône. Mais ici c'est le hasard, le désir quand il est plus fort que la raison, quand le résultat obtenu n'est pas voulu, comme si l'image achéiropoïète émergeait d'un interdit, de l'aspect enfoui des choses, ce qui en fait une sorte de révélation, elle aussi à dé- couvrir... je reviens à l'archéologie de l'image.




Comment agir sur cette saisie d'une  réalité ainsi obtenue ?

J'ai mis au point un procédé empirique que j'appelle "solvanoplastie", qui me permet d'obtenir littéralement une empreinte de l'image, et en terme d'estampe une empreinte gravée.
 Contrairement à l'image numérique elle possède un degré d'imperfection, de perte d'informations, d'écart avec le réel. comme un vieillissement accéléré. 
Dès le départ je suis dans la reconstitution...





Entre la rétention et la révélation. 

On parle de révéler une image quand on développe une photographie, en quête d'une forme de perfection la technique doit disparaitre.

Avec le transfert, puis la combinaison des matrices ainsi obtenues, je tente une autre révélation, obtenir un résultat pas complètement en phase, où il va se passer quelque chose qui se situe dans l'entre deux,............ une frustration qui se combinerait à une jubilation.


Dès le départ les photographies sont manipulées.

Je les travaille sur ordinateur soit pour renforcer l'idée d' héliographie, celle du point carré, du grain; soit je décompose les couleurs et je fabrique une série de matrices que je vais combiner en les imprimant par superposition, jusqu'à ce qu'il se passe quelque chose.

 Entre maladresse et maitrise, troublante, décalée, imparfaite, non clinique, une complexité qui devient la motivation malgré moi.









Du constat à l'invention

Une empreinte est emprunte de doute, il n'y a rien de sûr, rien d'affirmatif, juste une recherche d'émotion entre l'image et la matière avec un médium qui se fond au support.
Ce support si fin que l'encre dont elle est imprégnée s'y substitue.
 La translucidité de l'estampe devient l'enjeu.

Par cette action, la matérialité: l'estampe n'est plus seulement une image, elle devient tangible elle prend corps et devient objet.
Un objet ténu, fragile. dans l'église St Vivien elle flottera.

Je propose une variation de lectures dans cette présentation, les estampes pourront déambuler à la recherche d'un éclairage, d'une atmosphère, d'une harmonie de couleurs, d'un rapport à l'architecture, à un tableau de l'église, à un point de vue....

Je me suis inspiré de thèmes de l'iconographie chrétienne, transposés librement que l'on peut voir ou ne pas voir, je suis un peu comme Hussein Chalayan le styliste Crétois, j'ai besoin de me raconter des histoires.


Je remercie :

Estelle, Julie, Victoria, Robin et  ma fille Thaïs 
 ainsi  que les " fugitives passantes grenadines ".









Estampes sous les ventilateurs






 Avant l'accrochage à l'église St Vivien


Je pense retravailler ces estampes en dissimulant davantage les visages avec les fonds

Une vidéo sera nécessaire pour présenter la trans-lucidité des estampes










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