samedi 27 avril 2013

"Vera Iconica"

Depuis l'exposition en automne dernier à l'église St Vivien, j'avais envie de continuer à approfondir ce travail sur le portrait.
A part des autoportraits, je n'en avais jamais réalisé .
La Vera Iconica ou le Voile de Véronique serait selon la légende, l'origine judéo-chrétienne de l'empreinte,... la première empreinte, celle du christ .... Claude Mellan a fait une gravure au burin d'un seul trait absolument fabuleux:

(J’agrandis la reproduction, pour que vous voyez le trait du burin qui commence par le nez)





Dans cette série il s'agit de me servir du présent pour représenter un monde mythique, en "détériorant l'actualisation".
On ne connait du passé, que ce que la classe dirigeante de l'époque puis des époques suivantes nous ont désigné, ce serait ce que Marcel Duchamp dit à propos des musées ou qu'on lui a fait dire...
 c'est notre prophète du moment...

 Comme une sorte de futur antérieur....

Comment réinventer un monde passé? Ce serait peut être accepter le parallélisme des temps:
un peu ce qu'un tableau produit à une certaine époque, il est toujours présent,  là devant nos yeux, parfaitement actuel en tant qu'objet,  passé en tant qu'iconographie, réinterprété en tant que contenu  ...  c'est l’excitation intellectuelle qui nous agite. 
Quand on construit en pierre..... elles ont le même âge que celles des Pyramides.... si elles sont extraites de la même couche géologique.

 C'est le regard , notre regard qui "contemporanise" essaye de voir l'actualité dans l'image et dans le fond, il n'y a pas beaucoup d'efforts à faire, en fait l'ancien réside essentiellement dans les procédés et la vision du monde des dirigeants, voilà pourquoi les œuvres retenues ne sont que le reflet des décideurs et donne l'illusion que le monde change parce qu’un point de vue à été imposé à toute la population et est devenu la règle, c'est ce qui rend fascinant l'archéologie qui révèle chaque jour ces autres mondes parallèles absents des musées ou même ignorés à l'époque.

 Ces questions me sont venues de "Montaillou village occitan" écrit par Emmanuel Leroy Ladurie avec l'aide précieuse de ses étudiants...ou la redécouverte de Georges de La Tour au XXème siècle par l'obstination d'un homme.

L'invention par l'impression...  

 L'image constat traditionnel de la gravure est un fait, mais c'est la suite qui m'intéresse, ce que peut donner l'empreinte avec une autre empreinte....

Au cours des premières impressions, il m'est apparu nécessaire de combiner, puis de superposer les visages....

Toujours cette idée de mise en scène par l'opacité et la transparence, ce que je montre, ce que je cache .... ainsi le temps entre dans le travail.


Révéler les accidents   

 La succession des empreintes provoque des plis sur le papier Wenzhou , comme des stigmates, des blessures
Ils s'accumulent avec les passages,.... je les souligne à la pointe sèche, ... ils tournent...ils tournent...

Impression après impression je m'éloigne petit à petit  du constat de la matrice, du constat du gravé qui devient texture, composant de l'estampe.


 L'estampe est ambiguë, elle se situe à la rencontre de l' image et de la matière, l'un n'abolissant pas l'autre.

J'ai voulu faire un fond tout symbolique de l'état brut, d' un état brut idéalisé quasi maniériste, presque stylisé entre manuscrit du moyen Age et de l'art persan. 

Le travail de superposition devrait faire apparaître l'idée d'incarnation en soulignant davantage ce qui est suggéré ici entre:

 la peau: le  dessus  

et la chair: le  dessous .

 Il est probable que tout cela évolue encore........
































 ( La vraie image ne serait que le reflet de la réalité: une image immatérielle,  l'image numérique en devient une véritable définition, la vraie image est impalpable et reste dans les disques durs, sa matérialisation devient autre chose et cette obsession contemporaine de réduire l'impression à une simple reproduction est une régression de la pensée, ou simplement une pensée matérialiste.

L'image numérique ne peut être que lumière

J'interprète la Vera Iconica comme la vraie image s'opposant à l'image virtuelle, c'est à dire  celle que l'on peut toucher, que l'on peut sentir parce que la matière lui est intrinsèquement liée et qu'elle fait écart avec sa sœur (rueos) virtuelle, ma référence est toute byzantine, mais dans ce cas cela crée de l'Aura, alors l'aura, l'aura pas, il faudrait demander à Pétrarque...)





Le chantier:






Les matrices en attente ou après nettoyage







 
Le temps du séchage.





Merci encore à Estelle, Julie et Victoria.

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